Canicule

Il va faire chaud, très chaud cet été, mais jusqu’à quel point ? Plusieurs articles et publications, partagés des millions de fois sur Facebook, l’annoncent d’ores et déjà : « La France se prépare à un été caniculaire plus chaud qu’à l’habitude. »
En guise d’illustration, certaines de ces publications affichent même la carte météo d’une France presque entièrement en rouge (soit des températures entre 35 oC et 40 oC). Un visuel trompeur : l’image provient, en réalité, d’un journal télévisé de TF1 diffusé le 23 juin 2019, semaine où la France avait été touchée par une canicule exceptionnelle.
Vers des températures supérieures à la normale
Qu’en sera-t-il réellement cet été ? Météo-France a publié, jeudi 28 avril, son bulletin prévisionnel pour le trimestre à venir. L’établissement public confirme qu’il faut s’attendre à des chaleurs importantes en Europe :
« Les températures devraient être globalement supérieures aux normales à l’échelle du trimestre sur le sud de l’Europe. (…) En revanche, sur la façade Atlantique et sur le nord de l’Europe, les conditions semblent réunies pour que l’influence océanique limite la montée des températures. »
En France, les températures devraient être plus élevées que la normale sur les trois quarts du territoire, à l’exception de la Bretagne et des côtes de la Manche.

Météo-France s’attend à de très fortes chaleurs dans le sud de l’Europe. METEO-FRANCE
« On est dans un contexte de réchauffement climatique, rappelle au Monde Christian Viel, météorologue à Météo-France. La tendance est très nette, on a connu, ces cinq dernières années, des étés très au-dessus des normales saisonnières. Les vagues de chaleur vont être de plus en plus longues, de plus en plus intenses. »
Canicule probable sur les Balkans, possible en France
L’été sera très chaud, donc, mais peut-on déjà affirmer qu’il sera caniculaire ? Pour rappel, une canicule est définie par un épisode de trois jours et trois nuits consécutifs sans que les températures ne redescendent. Le seuil exact diffère selon les régions.
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Interrogé par Le Monde sur ce point précis, Météo-France se montre prudent : « Oui, il y a un risque de canicule, comme par ailleurs tous les étés. » Il identifie néanmoins un facteur favorable à l’apparition d’épisodes de très grandes chaleurs ininterrompues : l’anticyclone des Açores.
« Si l’anticyclone s’installe sur le nord ou l’est de l’Europe, le temps est plutôt chaud sur notre pays. Les hautes pressions forment un obstacle au passage des perturbations atlantiques et les vents d’est et du sud apportent de l’air chaud et sec. Si ces conditions perdurent, un épisode de canicule peut s’installer. »
Selon les différentes modélisations de l’anticyclone des Açores par Météo-France, un épisode caniculaire est probable sur les Balkans et simplement possible en France. « Sur l’Europe de l’Ouest, il n’y a pas vraiment plus de risque de canicule que l’an dernier », estime M. Viel, sans toutefois formellement écarter le danger.

C’est l’une des limites des prévisions saisonnières. « Nos modèles ne nous permettent pas de prévoir s’il va y avoir une canicule majeure en 2020 », reconnaît-il. Les météorologues ne peuvent détecter un épisode caniculaire que dix jours avant celui-ci.
L’impossible comparaison avec 2019
Avec ou sans canicule, s’oriente-t-on vers un été aussi brûlant qu’en 2019 ? Météo-France avait déjà annoncé, fin mai 2019, que l’été risquait d’être « plus chaud que la normale ». Finalement, la saison avait été marquée par des dizaines de records de chaleur.
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Autre point commun entre les années : des sols secs au printemps. Sans humidité contenue, pas d’évaporation à l’été, phénomène qui limite habituellement la hausse des températures. Or le printemps 2020 devrait être le deuxième printemps le plus chaud de l’histoire, selon Météo-France.
Mais de nombreux autres facteurs complexes, comme les circulations d’airs et le niveau des précipitations, entrent en ligne de compte. Or « les précipitations sont très difficiles à prévoir », rappelle Christian Viel. D’ailleurs, si Météo-France s’attend à un été très sec dans le sud de la France, il n’est pas en mesure d’émettre des prévisions sur la partie nord.
Dans ces conditions, impossible, à ce stade, de véritablement comparer la chaleur moyenne des deux étés. « Ce serait aller trop loin dans l’analyse. Il faut rester très prudent sur ce genre d’annonce », souligne le météorologue. Comme le rappelle l’établissement sur son site, les prévisions pour les températures sont plus difficiles en été qu’en hiver. Ainsi, la France peut se préparer à un été très chaud.

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